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mardi 10 mars 2009

C'est pas de la tarte d'être dalai lama



Il y a quelques mois je pensais au dalai lama et me disais : Voilà vraiment une vie difficile que celle de cet homme! Il a beau être éveillé, plein de compassion... quelle charge il a, quel rôle il doit assumer! Il doit plus souvent apprendre de mauvaises nouvelles concernant son pays et son peuple que de bonnes, et ce depuis des décennies!
Et pourtant il n'a pas l'air affligé lorsqu'on le regarde, c'est plutôt l'inverse même.
Voilà qui est remarquable!

Le dalai lama n'est pas un homme comme tout le monde, et le Tibet n'est pas n'importe quel pays. C'est un fait dont peu de gens ont conscience.
Nous sommes dans la grande tradition spirituelle. L'immense majorité des gens, des journalistes, des politiques, des historiens n'a même pas idée du niveau de conscience que peuvent avoir ces grands lamas, ces rimpochés, ne peuvent imaginer les visions, les prémonitions, les connaissances subtiles de certains initiés de cette tradition.
En octobre 1950 l'armée populaire de libération (ce qui est un comble) commence à envahir le Tibet.
5 000 soldats tibétains mal armés contre 40 000 soldats chinois.
En mai 1951 signature d'un accord en 17 points à Pékin qui consacre le rattachement du Tibet à la Chine.
En 1959 suite aux tensions de plus en plus vives entre le gouvernement chinois et le peuple tibétain, et après avoir tenté de l'arrêter, le dalai lama fuit vers l'Inde où il va établir un gouvernement tibétain en exil à Dharamsala.
87 000 tibétains sont morts durant ce soulèvement dans la seule région de Lhassa.
Des milliers de moines vont être éxécutés.
Dans les années qui vont suivre, ce seront arrestations, persécutions, tortures, viols, tout ce qui est le lot de la guerre, sauf que ce n'en est pas une.
Aux milliers de morts, s'ajoutera la destruction de centaines de monastères (presque tous en fait), puis, plus insidieux, l'importation de chinois devenus largement majoritaires, le dénigrement systématique de toute la culture tibétaine, l'apprentissage du chinois aux jeunes écoliers tibétains, la défiguration de la ville de Lhassa, etc, etc... bref un étouffement progressif.
Des dizaines de milliers de Tibétains fuient vers l'Inde rejoindre le dalai lama.
Tenzin Gyatso est né en juillet 1935. En 1950, à 15 ans, il découvre l'invasion chinoise.
Vous imaginez?
En 59, à 24 ans il franchit l'Himalaya au péril de sa vie.
Peut-on imaginer les liens qui unissent ce peuple et leur chef spirituel, ce que représente ce pays pour de tels exilés.
J'ai vu un rimpoché pleurer en regardant son pays de loin sachant qu'il ne le reverrait jamais (dans un reportage).
Cela fait 50 ans d'exil, 60 ans de souffrances infligées à un peuple.
La Chine devenue peu ou proue la première puissance du monde, et 6 millions de Tibétains dans un territoire 4 fois grand comme la France. C'est la lutte du pot de fer contre le pot de terre comme on dit.
La Chine accueillant les Jeux Olympiques et s'attirant beaucoup de manifestations autour de sa flamme, tandis que le dalai lama est accueilli par les plus grands chefs d'état ou princes de ce monde depuis des décennies. C'est quand même vexant non?
Un dalai lama décoré du prix nobel de la paix, de nombreuses médailles hautement symboliques, citoyen d'honneur de nombreuses villes, et un pays immense et puissant à qui l'on fait la morale sur les droits de l'homme.
Il faut savoir qu'une des choses essentielles dans la tradition chinoise : c'est de ne pas perdre la face! Alors ça la fout mal!
L'autre face de cette histoire c'est que le bouddhisme s'installe tranquillement de par le monde (ce que les Rimpochés avaient prédit).
Mais combien de souffrances, combien de morts?
"Le Christ a donné sa vie pour nous sauver", et 2 000 ans après, l'église catholique en parle encore en ces termes.
Les Tibétains auront donné leur vie, auront bravé et bravent encore l'impérialisme chinois. Et si leur mort avait servi les valeurs du bouddhisme?
Quoiqu'il se soit passé, je dis que la vie du dalai lama n'a pas été facile. Prônant la non violence, la non agression en paroles, il finit par constater au soir de sa vie qu'il y a un certain échec dans son combat pour une autonomie significative du Tibet.
D'un coté il est reconnu, admiré de par le monde, et d'un autre il n'y a pas eu d'avancée pour son peuple, pire il y a même des mouvements de rébellion plutôt vindicatifs entrainant toujours plus de répression.
Et les Chinois qui vont choisir eux mêmes la prochaine réincarnation du dalai lama! Ils ne manquent pas d'humour les dirigeants chinois!
Mais que peuvent-ils faire de moins ou de plus? Surtout ne pas perdre la face!
Le dalai lama sait bien ce qu'est le réalisme politique (et économique). Que peut-il demander aux pays démocratiques? Et que feraient-ils?
Vraiment il n'a pas la tâche aisée.
Il aura vu son peuple mourir pour lui (puisqu'une simple photo de lui condamne le porteur à mort), une culture en train de disparaître, et son impuissance...
Il faut être grand pour vivre tout ça et continuer à sourire. Très grand.
Nul doute qu'il inscrit dans l'éternel des traces indélébiles.
Comme la vie du monde est étrange!

1 commentaire:

philippe a dit…

Oui,c'est un vrai homme courageux.
Je crois que maintenant il se pose de sérieuses questions sur la façon dont il a dialogué jusqu'à maintenant avec les Chinois.