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mercredi 18 octobre 2017

Ce cher Christian Bobin

Ce cher Christian Bobin, il nous parle comme si l'on était un ami de longue date... 
Il nous délecte de ses mots images, et restitue très vite les odeurs de la terre, les pissenlits, ces fleurs qu'aucun fleuriste ne proposera jamais, le bruit du vent dans les feuilles du tremble, le rouge gorge et son poitrail de tablier de forgeron, l'éclat du flocon de neige... 
On approche le simple, le très bas, le silence que seule la solitude permet de découvrir, le regard de celui qui vous ouvre son âme, le monde devient petit, il tiendrait dans une main, non, disons deux mains offertes, on touche l'indicible, et en même temps montrable, la vie quand l'homme s'efface, la sainteté en quelque sorte... 
Des mots reviennent, comme infirmités, gratitude, ouverture, présent, maîtres...
Il est complètement humain, au sens d'imparfait, et ça le rend si tendre.



Les questions étaient des remerciements, des appréciations, des élans du coeur. Il était touché. Tout était si fin, subtil, bien au delà du mouvement et des bruits de fond du monde qu'il voit dépérir. Tout en modestie, la beauté chatoyante en filigrane...
Cette nuit, je l'entendais encore.
Un homme rare, comme le moine poète Ryokan  (18 ème siècle) qui l'a inspiré...

Le voleur parti
n'a oublié qu'une chose
la lune à la fenêtre


lundi 16 octobre 2017

Christian Bobin à Bordeaux


Christian Bobin présentera son dernier livre mardi 17 octobre 
à la librairie Mollat à Bordeaux à 18 H.


vendredi 13 octobre 2017

Un vieux rêve

Il y a plusieurs points qui caractérisent les voiliers classiques en bois, en particulier leur esthétique due à la finesse des lignes; la proue ou l'étrave semble capable de couper l'eau comme un couteau, tandis que la poupe ou l'arrière, ou le "cul" du bateau, de forme arrondie, flotte au dessus de l'eau comme suspendue. Ces deux extrémités sont nommés élancements, le terme est évocateur. Un autre point est leur hauteur, ou plutôt leur bassesse, sur l'eau; ces bateaux étaient essentiellement faits pour la régate, pas pour y séjourner pendant des jours, de plus leurs coques s'enfoncent profondément dans l'eau, donc il y a peu de roof dépassant du pont. Restent leurs voilures multiples sur un mât à rallonge, grand voile à l'aspect rectangulaire avec la corne, voile triangulaire de flèche au dessus, et souvent deux focs et trinquette à l'avant; autant de voiles à manipuler, au vrai sens du terme, sans winch pour certains, juste des palans et de l'huile de coude, d'où le nombre de marins à bord, entre dix et vingt selon la taille du bateau. Certains des bateaux datent de la fin du dix neuvième siècle, l'âge d'or de la plaisance comme il est dit, où les constructeurs sortaient un bateau de quinze - vingt mètres de long en moins de six mois, tout en bois, à l'unité, chose impossible aujourd'hui...


Le bois, les lattes, les vernis, cette sensualité extraordinaire qui se dégage des coques, des ponts, ponctués de pièces en bronze ou en laiton, de poulies entourées de cuir, et les enchevêtrements de  cordages lovés majestueusement lorsque le bateau paresse au bord du quai. Nombre d'équipiers sont pieds nus, pour toucher le bois, ou par respect envers ce que l'on peut considérer comme une oeuvre d'art. Au port, après la régate, on sort chiffon et lubrifiant pour astiquer ce qui doit briller. Le soleil fait le reste.


Les bateaux sont féminisés, ce sont des vieilles dames, et tous ces hommes qui s'en occupent, y mettent certainement plus d'ardeur que dans leur propre rapport avec le sexe féminin. Ce fut longtemps un sport de machos, comme partout d'ailleurs, et on assiste aujourd'hui de plus en plus à des équipages mixtes, voire exclusivement féminin.
Chaque sortie ou entrée de port est une parade, ce qui fait partie du jeu, prolonger l'élégance jusqu'au bout.


La beauté appelle un silence, une retenue, et donc une tenue. Quelqu'un a dessiné le plus beau possible, d'autres ont construit du mieux qu'ils ont pu, enfin des gens passionnés, souvent riches mais pas toujours, ont restauré, entretenu amoureusement l'objet de leur passion, pour transmettre un message, celui de l'homme petit sur la mer, mais grand parce qu'il ose l'affronter...


jeudi 12 octobre 2017

Un vieux désir

Le bus part aux alentours de 21 H. Dans la matinée je sentis une petite appréhension, l'inconnu qui me sortait du confort habituel. C'est si rassurant d'avoir un chez soi et de ne pas avoir de questions à se poser sur les choses essentielles de la vie comme manger, dormir, quoi faire, avec qui... Dès que l'inconnu, l'inattendu, pointe son nez, comment est-ce que j'accueille la chose en question?
Dans l'absolu, tout était réglé d'avance : le bus jusqu'à Toulon, la correspondance vers Saint Tropez, mon hôte qui vient me chercher à l'arrêt du bus, le logement, il n'y avait pas de raison de s'inquiéter.
Le manque de confiance dans mon corps handicapé, partir quelques jours tout seul pour la première fois, suffisaient à créer un petit pincement au coeur. En même temps j'allais vers une passion, les bateaux, que craindre? C'est retombé une fois que le sac fût prêt, bien avant l'heure. De même je me mis en route avec une marge d'avance pour atténuer tout risque. C'est intéressant de voir comment on peut préférer rester dans sa zone de confort, le connu du quotidien, même si on la trouve inconfortable, plutôt que d'oser en sortir pour vivre vraiment ses élans intérieurs.

Je réussis à dormir une moitié de la nuit dans le bus. A l'arrivée je ne me sentais pas fatigué, le corps me laissait tranquille. Je pris la correspondance jusqu'à l'arrêt où mon hôtesse me prit en voiture vers le logement. Le contact se créa rapidement, et après avoir posé mon peu d'affaires sur place, elle me proposa de m'emmener jusqu'au port de Saint Tropez situé à une dizaine de kilomètres. Elle était avec sa dernière née, d'un an et demi, qu'elle allaitait encore. En quelques minutes nous nous trouvâmes des points de discussion en commun à propos de la naissance sans violence, de l'allaitement, de l'école Montessori... Encore une fois pourquoi s'inquiéter quand la vie s'occupe de tout?


Me voici sur place, il est onze heures, les bateaux sont sortis du port et naviguent toutes voiles dehors dans le golfe direction le large. Il fait grand soleil, chaud comme en été presque, alors que nous sommes début octobre. Ce sont des vacances, je me sens tellement vivant, j'ai tout le temps pour moi, je peux aller où je veux, traîner, comme c'est bon de ressentir tout cela après ce que j'ai vécu. C'est une renaissance, et les efforts que je vais fournir durant ces trois jours sont dus à cette nouvelle énergie que cet élan va me donner. On se donne la permission, et la vie fait le reste.


lundi 9 octobre 2017

Un vieux désir

J'ai déjà parlé dans ce blog de ma passion pour la mer et les bateaux. J'ai vu un certain nombre de départs de courses, suis allé voir les grands voiliers à Brest, mais il me restait ce désir depuis une vingtaine d'années : aller voir les Voiles classiques de Saint Tropez. Cette rencontre se situe la dernière semaine de septembre, hors vacances, et quand on travaille, même en libéral , prévoir quatre ou cinq jours d'absence n'est pas simple. Entre l'atlantique et la méditerranée proche de la frontière italienne, il y a une trotte. Ceci explique cela. Encore une chose qui serait envisageable lors de la retraite...
Mais il y a eu cet accident, l'hôpital, le retour à la maison, la kiné qui ne donne plus de résultats, les progrès qui deviennent moins évidents... Que faire? Continuer, ne surtout pas s'arrêter, y croire, comprendre qu'il faudra du temps, ne plus compter en jours ou en semaines, mais en mois, voire en années. Il y a un an je faisais un sentier de montagnes sur quelques centaines de mètres, cet été j'ai marché sur le sable et des dunes sur au moins trois kilomètres, suis allé plusieurs fois sur une partie plus basse de la dune du Pyla. J'ai même repris la conduite pour l'indispensable. Tout cela m'a réouvert des horizons nouveaux... Mon dos est plus solide, j'ai plus d'énergie, j'arrive à m'habiller, j'ai de plus en plus d'autonomie, je marche régulièrement sans canne...
Alors je me dis que j'irai bien à Saint Tropez voir ces régates entre les plus beaux et les plus vieux voiliers classiques du monde. Je me renseigne et découvre une compagnie de bus pas cher, un voyage de nuit vers Toulon, puis un bus local vers Saint Tropez. Je trouve un studio à une dizaine de km par rb&b. En vingt quatre heures je me décide, prends les billets, je me sens suffisamment solide pour tenter le coup tout seul, puisque personne ne peut m'accompagner. L'enthousiasme me porte.
Qu'est-ce que je risque?


dimanche 1 octobre 2017

Amma


Contribuez à la venue annuelle d'Amma en France avec la campagne de crowfunding HelloAsso : http://bit.ly/2wx2euZ
Depuis 30 ans, Amma se rend chaque année en France et nous transmet son message de paix, de tolérance et de compassion.
Les programmes d'Amma fonctionnent uniquement grâce au bénévolat et aux dons liés au programme (qui permettent d'équilibrer les dépenses de l'événement, notamment la location des salles).
Ce fonctionnement nous permet d'assurer que les recettes des boutiques et les dons pendant le programme soient intégralement reversés aux oeuvres caritatives et que le public puisse continuer à bénéficier de la gratuité des programmes.
#Amma #Helloasso #30ansenFrance #contribution #Embracingtheworld#Capitoleenchampagne #Zenithtoulon

mercredi 27 septembre 2017

Quand la vie s'occupe de tout

Le soir arriva bientôt, je le suivis au restaurant. C'était un grand hall, complètement ouvert sur l'extérieur, à l'entrée de grands tables couvertes de plats multicolores avec des mets de toutes sortes, une débauche de nourriture que je n'avais jamais vue de ma jeune vie. Je me servis et, assiette en main, cherchai des yeux mon amie et ses parents. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils me virent arriver. Ils étaient avec un couple ami et leur fils. Je pris place près d'eux et leur racontai comment, au fil des rencontres, j'étais arrivé jusqu'à eux. Il ne s'agissait pas non plus de parler trop fort et de se faire remarquer. Tout à la joie de les retrouver, je me laissai aller doucement dans cette ambiance insouciante et un peu excitée. Je n'avais aucune idée sur la durée possible de ce séjour improvisé.
Le premier soir j'allai dormir dans la case du garçon qui m'avait fait rentrer. Puis, un homme arriva le lendemain, c'était des cases à deux lits, et je dus partir discrètement. Je suis allé dormir dans la case de mon amie, bien qu'elle la partagea aussi. On a du raconter des histoires un peu fausses à sa co-vacancière pour expliquer la situation. J'ai aussi dormi à la belle étoile, ce qui m'a permis de faire connaissance avec les pêcheurs sur leurs barques au petit matin. Je donnai un vieux pantalon à l'un d'entre eux, alors que j'allais le jeter.

C'est ainsi que je suis resté une semaine, mais sans m'inscrire  dans des activités avec un G.O. (Gentil Organisateur), afin de ne pas me faire remarquer. Cela m'a permis de voir la fameuse réputation "sea, sex and sun" de certains clubs à cette époque dont celui-ci. C'est vrai qu'il y a une certaine réussite dans le fait de se désinhiber, d'oublier un temps le contexte d'où l'on vient, de se lâcher. L'argent est remplacé par un collier à boules, plus ou moins grand, devenant bientôt bracelet. Ainsi on ne sort pas d'argent au bar, on enlève des boules au collier! La nourriture est énorme! Je me souviens de petits déjeuners pantagruéliques avec gâteaux divers, riz au lait, crèmes, ananas et fruits de touts sortes... Ne mangeant pas de viande je me limitais aux repas et investissais dans les salades composées. J'eus l'occasion de voir les poubelles en sortant, elles étaient pleines de nourriture, de fins de plats, bref la photographie classique du gaspillage néo-colonial dans un pays où la pauvreté se voyait couramment.
La majorité de ces touristes arrivaient en avion, prenaient un car climatisé jusqu'au club, s'amusaient et s'en mettaient plein la panse, avant de repartir de la même manière sans avoir rien vu du pays. Encore une découverte!

Je profitais des felouques pour sortir en mer. Je me sentais comme Robinson, comme un va nus pieds, riche du bois, du chanvre, du coton, du vent sur ma peau, de la brise sur mon visage, et de l'horizon infini vers où mon regard se perdait. Une fois nous embarquâmes un soir, destination une plage déserte de la côte tunisienne, les casseroles pleines de nourriture, je me souviens d'un couscous...
Arrivée au petit matin, fin de nuit sur la plage, puis baignade, préparation du repas, plage et mer jusqu'au soir où l'on termine aux bougies... Le bonheur si simple, bien loin des agitations et des fêtes théâtrales du club.
Une semaine après, quand mes amis partirent, je repris mon sac et la route. Je retrouvai les gens simples, vivant de peu, la vraie vie quoi! Je réalisai la prison dans laquelle je m'étais enfermé. L'insécurité revenait, mais elle avait goût de liberté...